21/01/2010

21/01/10 - 17:25

Dissimulation?




Un tel est mort des suites d’une longue maladie….Derrière cette phrase se cache le plus souvent le mot tabou : « cancer ». Ceci ne donne pourtant pas lieu à des protestations, voire à un « outing » comme vient de le faire Act-up à propos du décès du philosophe trotskiste Daniel Bensaïd. Pourquoi ce qui ne soulève pas l’indignation quand il s’agit du cancer, pose problème quand il s’agit du Sida ? Probablement parce que le cancer est vécu comme une fatalité (ce qui est pourtant loin d’être vrai), alors que le Sida est associé à un comportement à risque (sexuel ou addictif) et à une réprobation morale du « peuple ». Dans le premier cas il s’agirait d’un mélange de pudeur et de phobie d’un mot tabou, dans le deuxième cas d’une volonté de dissimulation. C’est sans doute en grande partie vraie (d’autres morts célèbres ont ainsi vu la cause de leur décès, le sida, occultée : Michel Foucault, Bruno Carette (ex-nul), Thierry le Luron, etc…), mais on ne peut exclure qu’il puisse s’agir aussi, parfois, de simple pudeur.

Autre décès, qui passera sans doute plus inaperçu, celui de Jacques Martin (pas le premier mari de Cecilia, on ne meurt qu’une fois !) mais le dessinateur d’Alix, à l’âge raisonnable de 88 ans. Son héro a très souvent été soupçonné d’être en fait gay. Combien savent tout ce qu’ont évoqués ces héros souvent dénudés (il faudrait ici aussi évoquer la série des « Prince Eric » de Serge Dalens) pour des générations de jeunes garçons (ou même d’adultes) aux sens en plein éveil?

Conservons la « Gay attitude » en parlant de cet étonnant polar, « Fakirs » d’Antonin Varenne, dont la mort d’un des protagonistes, gay, décède sur la scène d’un spectacle sado-masochiste dont il était l’unique acteur (suicide ?). Un polar superbement écrit qui vient à point pour me remettre du désastreux « Symbole perdu ».


commentaires

21/01/10 - 20:48

Il me semble utile de préciser ici que la série des Prince Éric de Serge Dalens n'a pas été illustrée par Jacques Martin mais par Pierre Joubert.

Je n'ai jamais vu de dessins de Jacques Martin dans la collection "Signes de piste"...

21/01/10 - 20:55

j'ai dit il faudrait aussi évoquer, bien entendu il ne s'agit pas ds ce cas de Jacques martin mais comme tu le dis de Pierre Joubert. Merci pour la précision si il y avait ambiguité

21/01/10 - 21:03

Alix oui et re oui

21/01/10 - 21:43

SIDA et "réprobation morale du « peuple »" ?
Un de ces monomaniaques, qui voient des Corées du Nord partout, mentionnerait ici aussi Mgr Léonard, tout nouveau primat de Belgique nommé par Rome (et, comme tel, second personnage du royaume), qui voyait dans le SIDA "une sorte de justice immanente".
Heureusement que moi et la monomanie...

Jacques Martin ? Un type assez intéressant, en plus du reste, à ce que je voyais. J'adhère à ce qui est dit des albums, plaisir historique aussi, en plus du reste.

21/01/10 - 22:15

et avant Alix , corentin, de Cuvelier

21/01/10 - 22:30

Dire qu'Alix pourrait être gay est tout à fait anachronique!Sans doute jeune esclave,a t il pu servir de jouet a un barbare,peut être s'amuse t il sans complexe entre 2 album avec Enak,et a passer sa vie dans des camps de légionnaires il est possible qu'il ait pu donner un peu d'affection a quelques un d'entre eux;enfin,l'affection que lui porte le grand César,"l'homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes"n'est un secret pour personne!
Mais il y a au moins un album ou il couche explicitement avec... Cléopâtre en personne,et un autre ou il est amoureux d'une jeune fille,sans que l'on puisse dire qu'il a consommé.

Pour Pierre Joubert,sur la fin de sa vie,il reconnaissait et assumait volontiers l'homo-érotisme de ses oeuvres,et il existe quelques rarissimes nus sans équivoque,la plupart ayant été détruit par sa famille.

21/01/10 - 22:51

J'ai dit "soupçonné"! par certains mais il semble que l'auteur n'ai jamais formellement démenti. J'avoue n'être point un spécialiste de cette BD,; par contre les bouquins signe de piste et notamment ceux de Serge Dalens ont fait la joie de mon adolescence

22/01/10 - 00:16

hmm les signes de piste que j'allais emprunter à la bibliothèque pour tous .... c'est vrai que les illustrations de Joubert comptaient aussi dans le choix de ceux que je lisais...

En effet la notion de " gayté " dans le monde antique est anachronique... Si l'on est un homme libre, on peut la plupart du temps prendre son plaisir avec qui on le veut, mais à condition de rester actif_au moins officiellement !...

22/01/10 - 02:35

Pour les commentaires, il ne faut pas confondre l'ambiguïté sexuelle et sentimentale d'Alix et la franche camaraderie virile scoute des Signe de Piste. Pardon, c'était une plaisanterie.

A dire vrai, il n'y aucun point de comparaison autre que l'ambiguïté. J'ai beaucoup feuilleté de Signes de Piste (tout simplement parce que j'en vends), et l'œuvre de Pierre Joubert (mais pas que lui) ne laisse aucun doute sur sa teneur. C'est un véritable repaire en ce qui concerne l'imagerie homo-érotique adolescente, et un régal, hélas, pour les pervers amateurs de (très) jeunes éphèbes. Les Signes de Piste sont les catalogues de pyjamas de ceux qui sont trop grands pour en porter et qui n'ont pas envie d'en voir sur les modèles. Il reste néanmoins un talent, notamment de Dalens, gâché par l'imagerie, gâché par un idéal scout, gâché par l'obligation de ces personnages à toujours se noyer dans le flou, le vague et le champ lexical du toucher et du sentiment. Ce pourrait souvent être un récit à la « Les mauvais anges » d'Éric Jourdan, censuré et modifié en roman d'aventures.

Je connais très peu Alix. A vrai dire je n'en ai jamais lu. Je ne m'étendrai donc pas sur le sujet.

Il reste le vrai sujet de l'article d'Hyperion, que tous ont occulté, par l'effet Alix. Le cancer, mal sournois que l'on tait. Et surtout, la mort et cette indescriptible envie des autres de demander à chaque cadavre qui vient remplir nos cimetières : « Mort de quoi ? » C'est sans doute le pépiement obligatoire d'une vie qui est curieuse de sa fin. Il en reste que les vivants ne se préoccupent pas d'une des dernières valeurs chancelantes qu'il nous reste normalement le jour du dernier souffle : la dignité.

Savoir que Michel Foucault est mort du SIDA, peut-être, me rassure. Il ne serait pas mort ainsi, peut-être n'aurais-je pas tout lu de lui. La morbidité de la cause du décès, en tout cas, bouleverse les vues de l'esprit et ne laisse pas intact.

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