12/01/2012La magie du cinéma
Ce dernier week-end, aidé par les facilités que procure la carte UGC-illimité, j’ai pu rattraper une partie de mon retard en allant voir quatre des films les plus récemment sortis. Je suis sans aucun doute sous l’emprise de cette « magie du cinéma » à laquelle Scorsese vient de consacrer un film merveilleux, dans tous les sens du terme, et qui constitue un splendide hommage à George Méliès, « Hugo Cabret ». J’aime trop le cinéma pour concevoir d’aller découvrir un film ailleurs qu’en salle, en plein écran avec la sensation physique du public (quand il ne dévore pas des poches entières de pop corn). Je me souviens qu’adolescent, en ces temps où il m’arrivait de revoir de nombreuses fois les films qui m’avaient enthousiasmé (plus d’une dizaine de fois pour 2001, odyssée de l’espace), je retournais en salle au moins autant pour ressentir « ensemble » les moments de silence, d’émotion ou de rires, que pour les revoir. J’en regarde fort peu à la télévision, seulement s’ils ont la dimension de téléfilms et si je n’ai pu les voir en salle, je n’ai pas du acheter plus de 2 ou 3 DVD dans ma vie et il ne me viendrait pas à l’idée d’aller regarder un écran d’ordinateur un film téléchargé légalement ou illégalement, pratique qui si elle n’est pas combattue plus énergiquement finira par tuer la machine à « magie ».
Ce week-end la moisson fût excellente. Tout d’abord le film apocalyptique de Jeff Nichols, « Take Shelter », que l’on ne peut manquer de rapprocher de deux autres films récents, « Melancholia » et « Tree of life ». Les visions de fin du monde du héros, dont la mère est schizophrène, métaphore des angoisses de l’Amérique et de notre monde, sont elles le témoin de son extrême lucidité ou de sa propre folie, à moins qu’il ne soit pas possible de trancher si, selon l’expression d’un personnage du film de Coppola, « Rusty James », « la perception aigüe du réel rend fou ». Le dénouement stupéfiant du film laisse la question ouverte. Les multiples prix reçus par ce film, qui peut dérouter par sa lenteur, mais qui brille autant dans sa mise en scène que son interprétation, sont amplement justifiés.
Coup de cœur pour « Une nuit », premier film de Philippe Lefebvre, qui signe là un polar noir qui vous charme de bout en bout. Un flic solitaire de la mondaine, qui flirte dangereusement avec les malfrats, interprété par Roschdy Zem, impressionnant (il fait parfois penser à Lino Ventura), traqué par l’IGS, nous trimbale dans le Paris nocturne et glauque des bars et boites, extraordinaires et émouvantes scènes dans des cabarets à « travellos », tenues par le « milieu». Cerise sur le gâteau, un coup de théâtre final qu’il ne faut surtout pas raconter.
Une seule déception, relative car le film se laisse voir sans déplaisir, mais la critique était si élogieuse, le dernier film de Cedric Kahn, « Une vie meilleure ». Ce qui a séduit c’est probablement le portrait d’une France en crise, la déchéance sociale due au surendettement, la critique de la course à la réussite individuelle. Tout ceci est pourtant fort peu convaincant, bien moins par exemple sur le problème de l’endettement que « Take Shelter », souvent caricatural et rarement émouvant.
J’ai eu moins de chance avec ma dernière lecture, « Poussière d’homme », pourtant chaudement recommandé par Gérard Collard, le libraire chroniqueur de l’émission « le coin des libraires ». Court roman autobiographique de David Lelait, plus connu pour ses biographies d’icones gays comme Dalida ou la Callas sous forme d’une lettre d’amour à son ami mort, non du Sida pour une fois, mais d’un cancer foudroyant. Ce récit, qui se lit certes rapidement, n’a jamais réussi à m’émouvoir, aussi sincère soit il, peut être à cause d’un « effort d’écriture » un peu trop sensible derrière la simplicité du style. Chaque fois, ou presque, que Gérard Collard a un « coup de cœur », je ne le partage pas. Peut être devrais je me résoudre à ne plus suivre ses conseils….
09/01/2012Lesbienne radicale
La police de la langue a étendu son champ d’action. Voici le commentaire que j’ai pu lire, à propos de mon billet sur le mariage gay, sur « Overblog », site « généraliste » où je reproduis ce blog enrichi de quelques billets antérieurs à mon adhésion à "Gayattitude" :
« Votre blog m'a paru, à première vue (j'ai survolé trois/quatre article) présenter un point de vue intéressant sur la littérature et le cinéma. Culture, donc.
Je vois peu après que vous vous déclarez 'gay'. Cela ne me pose naturellement aucun souci, mais reste quelque chose qui me chiffonne dans cet article.
'Mariage gay' ? Quel mariage gay ? Je ne défend, pour ma part, que le mariage homosexuel.
Je veux bien défendre des droits qui vous sont, sommes toute, dus, en tant qu'homosexuel masculin, mais les femmes, monsieur, les femmes, qu'en faites-vous ?
En défendant votre 'mariage gay', c'est la légitimité des lesbiennes que vous dénigrez. Respectez les droits des femmes, n'est-ce pourtant pas la moindre des choses ?
Ce n'est pas parce que je suis lesbienne que je défend seulement le 'mariage lesbienne'.
De grâce ! Nous ne méprisons pas les hommes qui ne nous inspirent aucun désir, bien au contraire, nous les respectons, faites de même.
Le suicide des jeunes lesbiennes existe aussi...
Une lectrice emportée. »
Si ce commentaire, anonyme, avait été fait sur ce site, j'aurais volontiers suspecté un clin d'oeil humoristique d'un des habitués de ce blog, mais sur overblog cela semble peu probable!
Ma réponse fût la suivante :
« Je dois avouer que j'ai lu avec une certaine stupéfaction votre commentaire. Comment avez vous pu imaginer une seule seconde que je ne désignais par le terme "mariage gay" que les seuls hommes homosexuels. J'aurais pu éventuellement comprendre que vous regrettiez qu'on utilise le terme "gay" effectivement plus connoté "masculin" pour désigner de façon générique les homosexuels, y compris les lesbiennes. L'usage en a décidé ainsi si j'en crois Wikipedia "Le mariage homosexuel, couramment appelé mariage gay, désigne le mariage de personnes de même sexe".
Vous préférez manifestement une ségrégation des termes, c'est votre droit, je pourrais même concéder qu'il faille les séparer (mais dans ce cas on pourrait s'étonner que le terme "homosexuel" qui a la racine « homme" vous convienne mieux). j'ai quelque mal à admettre que vous ne méprisez pas les hommes. En tous cas soyez rassurée, vous étiez également concernées par mon billet, » 02/01/2012Prémices de la fin d'un monde
L’année qui s’annonce ne sera certes pas celle de la fin du monde, ni sans doute aussi dramatique que le tableau que nous en a dressé Nicolaparte en nous dévoilant sa stratégie de la dernière chance pour les élections présidentielles, mais certainement celle de tous les dangers, politique avec des élections clés dans plusieurs grands pays, géopolitique avec les révolutions arabes en cours et à venir et l’isolement grandissant d’Israël, économique avec les crises de la dette et la menace d’éclatement de la zone euro, voire climatique…Notre avenir est marqué par l’incertitude et le monde de demain sera à n’en pas douter fort différent de celui que nous avons connu.
Le dernier film, passionnant, de David Cronenberg, « A dangerous method », nous montre lui aussi les prémices de la fin d’un monde, celui qui vit naître la révolution psychanalytique à l’ombre de la montée du nazisme. Le film va bien au-delà de la relation amicale puis conflictuelle qui allait se jouer entre Freud et son disciple Carl Jung à propos d’une patiente hystérique. Le regard que pose le réalisateur sur Freud est certes moins violent et de mauvaise foi que celui de Michel Onfray, mais il montre bien comment il a enfermé sa doctrine dans un dogme qui allait contraindre les corps en s’opposant systématiquement à toute autre interprétation des névroses que la sienne. La psychanalyse aurait pu avoir un autre développement, non normatif, si Freud n’avait tout fait pour disqualifier toute tentative de remise en question de ses interprétations, notamment celle d’un des autres grands noms de la psychanalyse, le Dr Otto Gross, théoricien de la « libération sexuelle » et du « jouir sans entraves ». Remarquablement interprété par Vincent Cassel dans la savoureuse mais trop rapide conversation qu’il a avec Jung , l’éclairant sur les problèmes de Freud avec la sexualité ( « il ne baise pas »), Otto Gross, comme Jung qu’il a influencé, ne reconnaissait pas le rôle central que donnait Freud à la sexualité dans la genèse des névroses et ne méconnaissait pas leur dimension somatique, c’est-à-dire organique. Jung est devenu doublement insupportable à Freud, il était riche, par sa femme, et il avait une vie sexuelle bien plus active que la sienne, illustration parfaite de la conclusion de mon avant dernier billet (« addictions sexuelles?»). Une bien dangereuse méthode, en effet, tant pour ceux qui l’exercent, c’est sans doute la signification première du titre du film, Jung tombant amoureux de sa patiente, mais encore plus pour ceux qui la subissent….
Un autre film, une comédie burlesque, dont la mention aurait pu trouver sa place dans mon précédent billet, a enchanté ma semaine de vacances. « Let my people go », dont le personnage principal, cumulant toutes les « tares » - juif, homo et folle -, interprété de façon irrésistible par Nicolas Maury, fait voler en éclats tous les codes de la famille et de la religion.
Bonne année à tous les lecteurs de ce blog.
29/12/2011Au delà du gène, le genre
La revue « Friendly » avait souhaité un nouveau billet pour son troisième numéro qui vient de sortir. J’avais suggéré un sujet autour de la théorie du genre et il m‘avait été demandé si cela pourrait s’intégrer dans la rubrique « scandale » avec si possible des références à des hommes publics.
J’avais répondu : « Non cela ne collerait pas avec une telle rubrique ... Un article qui aborderait la question sous l angle du scandale et mettrait en cause des personnes n est pas dans me cordes. Ci dessous le billet de mon blog que je proposais d actualiser à la lumière de la polémique sur la théorie du genre. Pas de matière à scandale!
http://limbo.over-blog.org/article-gay-de-naissance-ou-la-faute-a-maman-44364997.html ».
Ma proposition a semblé leur convenir et je leur ai donc envoyé le texte modifié. N’ayant pas eu de nouvelles, je pensais, qu’à la réflexion, ce billet ne leur convenait pas. C’est avec surprise que j’ai découvert en feuilletant le numéro 3 aux « Mots à la bouche », que mon article était bien paru, mais dans sa version initiale, étonnamment dans la rubrique « coup de gueule », et non dans sa théorie révisée que vous trouverez ci-dessous » :
"Un certain nombre de députés UMP, des passionnés de la question gay, n’ont eu d’autres urgences que celle de demander le retrait des manuels scolaires qui rendent compte de la « théorie du genre », théorie selon laquelle l’orientation et même l’identité sexuelle doivent autant au contexte socioculturel qu’à la biologie. L’un d’entre eux, Hervé Mariton, a souhaité être assuré par le ministre qu'il n'y ait pas de question aux examens sur cette théorie, voulant priver nos jeunes têtes d’un passionnant sujet de réflexion : « l’orientation sexuelle est-elle acquise ou innée » ? En d’autres termes, doit-on considérer, avec Louis-Georges Tin, l'hétérosexualité comme un construit, historiquement et socialement daté, dont il convient d'analyser les conditions d'émergence et d'acculturation, ou au contraire, comme les chercheurs de l’Université de Genève qui viennent de publier un livre sur le caractère inné ou acquis de l’homosexualité, que l’orientation sexuelle est le résultat d’une interaction entre le génétique et le biologique, qu’on ne devient pas homosexuel mais qu’on l’est de naissance ?
Avant de tenter de répondre à cette question, on devrait d’abord se demander pourquoi le sujet soulève tant de passions, y compris chez les gays, l’adhésion à l’une ou à l’autre thèse semblant le plus souvent relever plus du domaine de la croyance, en fonction de ses préjugés et angoisses, de sa façon même de vivre son homosexualité, que d’une approche rationnelle.
Les uns se satisfont mieux d’une genèse « psychologique » de l’orientation sexuelle (qu’il s’agisse de la version Freudienne qui en fait une anomalie de la maturation sexuelle, ou de la version Girardienne plus positive qui en fait une des figures possibles du désir mimétique), car elle laisse, leur semblent t’ils, la porte ouverte à une possible évolution de cette orientation, voire à une possibilité de choix, à la possible « culpabilisation » du milieu environnant (la famille en général), alors qu’ils ne voient dans la thèse innée qu’un fatalité oppressante. Les autres voient au contraire dans l’origine innée, génétique, de l’homosexualité, l’ancrage dans la « nature » de leur orientation sexuelle, aussi normale, fondamentale et immuable que la couleur des yeux. C’est une autre version du débat entre Nature et Culture. Certains vont même pour justifier leur opinion jusqu’à mettre en avant les dangers de la thèse contraire, comme si le degré de dangerosité d’une théorie suffisait à la rendre fausse ! On connaît les dangers potentiels de chaque approche : la théorie analytique a justifié et justifie encore bien des attitudes répressives (c’est contre les psychanalystes que l’homosexualité a fini par être exclue de la classification des maladies mentales, de nombreux psychanalystes ont soutenu l’opposition aux revendications du mariage gay et de l’adoption ; le Vatican s’appuie sur la psychanalyse pour interdire la prêtrise aux homosexuels ) ; d’un autre côté, la découverte éventuelle du « gène » de l’homosexualité pourrait faire craindre un futur sinistre (comme dans le film Bienvenu à Gataca) qui verrait l’émergence d’une société de la sélection par les gènes.
On peut aborder la question de façon plus rationnelle, ce qui nécessite définir de quoi l’on parle. Si l’on définit l’homosexualité comme une orientation exclusive du désir sexuel vers la même sexe ( évacuant le problème de la bisexualité, autre avatar Freudien, qui mériterait un traitement à part) et qui plus est masculine ( il se pourrait que l’homosexualité féminine soit plus complexe, plus hétérogène, le mouvement d’émancipation de la femme ayant pu favoriser l’émergence, notamment sous l’influence du MLF, à côté d’une homosexualité « biologique » de même type que la masculine, d’une homosexualité « sociale »), il faut distinguer « désir sexuel » et « pratique sexuelle »,c’est à dire orientation de ce désir vers le même sexe d’une part et réalisation de ce désir d’autre part.
C'est au niveau de l'orientation du désir vers le même sexe que se pose la question de son origine innée ou acquise. Il n’existe à ce jour aucune « vérité » scientifique, irréfutable, mais seulement des hypothèses dont certaines sont bien plus crédibles que d’autres car bâties sur des faisceaux d’arguments. Si l’on appelle « acquis », tout ce qui est déterminé par ce qui advient après la naissance, on ne peut constater qu’en dehors de « pures » théories spéculatives, il y a bien peu d’arguments en faveur de l’origine acquise de l’homosexualité. Il n’y a ainsi jamais eu d’études sérieuses sur la fréquence des « mères possessives » ou des » pères absents » chez les homosexuels, et même certaines tendraient à montrer que cette fréquence est la même chez l’hétérosexuel. La majorité des neurobiologistes défendent une origine biologique de l’homosexualité en se basant sur de nombreux arguments : l’existence d’une homosexualité animale, le côté universel, transculturel, du comportement homosexuel ( avec une fréquence qui semble assez semblable quelle que soit la culture), les études sur les jumeaux, les cas assez fréquents de fratries d'homosexuels, certaines études (certes controversées et parfois contradictoires) sur les différences au niveau des structures cérébrales impliquées dans le désir sexuel (hypothalamus), etc.
Mais affirmer que l’homosexualité est probablement d’origine biologique, ne signifie pas qu’elle est héréditaire… Il semble peu probable qu’il existe un gène unique codant pour ce type de comportement, voire même plusieurs gènes. D’abord parce que la relation "un gène/un comportement", trop réductioniste, n’a jamais pu être mise en évidence, ensuite parce que la sélection naturelle, étant donné la pression biologique en faveur de la reproduction, aurait eu tendance à éliminer ce type de gènes. Il est toutefois possible qu’il y ait des traits génétiques favorisants, mais qui demandent la présence d'autres facteurs pour que le comportement soit présent (on explique ainsi l'homosexualité souvent partagée par les jumeaux, mais cependant pas toujours : une origine purement génétique produirait une concordance des comportements dans 100% des cas). D’où l’hypothèse selon laquelle l’homosexualité serait de nature EPIGENETIQUE. Qu’entend- on par-là ? Pendant la phase embryonnaire et fœtale, les groupes de neurone qui vont migrer vers (et constituer) les régions cérébrales impliquées dans le désir sexuel (l’hypothalamus), le font sous contrôle du programme génétique, mais avec des variations statistiques qui conduisent dans un certain pourcentage de cas à une variation topographique ou fonctionnelle de ces structures qui aboutira à des comportements différents. Ces « variations » sont bien sûr influencées par des facteurs environnementaux internes (température, hormones etc..) mais aussi par toute perturbation externe qui peut avoir des conséquences biologiques internes (y compris par exemple l’angoisse de la mère pendant la grossesse, son comportement alimentaire, etc…).
Ainsi, l’orientation homosexuelle du désir serait la conséquence de variations dans la structure du cerveau, statistiquement minoritaires, variations qui sont la conséquence d’une interaction entre la programmation génétique, éventuellement favorisante, et les facteurs aléatoires qui modifient l’environnement interne et externe du fœtus. L'homosexualité serait donc innée, au sens de prénatale, mais aussi acquise puisque fonction de variations aléatoires du milieu. Il est bien entendu que ce mécanisme « épigénétique » est général (encore appelé darwinisme neuronal par le prix Nobel de Médecine, George Edelman) et va bien au-delà du seul comportement homosexuel. Selon cette hypothèse il n’y a aucun moyen de « prédire », in utero, un futur comportement homosexuel.
Mais dire que l’orientation sexuelle du désir est prédéterminée durant le développement in utero, ne signifie pas que la façon dont ce désir va se « réaliser » est également déterminée. La façon dont l’homosexualité va s’exprimer (ou ne pas s’exprimer et être "refoulée") pourrait dépendre essentiellement de l’environnement post natal, de l’enfance et de la pression culturelle… En d’autres termes, « t’as pas choisi d’être homo mais la façon dont tu l’es, folle, hypermacho, honteuse, etc… dépend en partie au moins de toi !"
Ceci ne me semble pas incompatible avec la théorie « Queer », certes fort contestable dans sa version « militante» qui relève du combat politique d’une certaine extrême gauche, si l’on considère la façon dont l’aborde Florence Rochefort du CNRs, en ne parlant plus «d’identité » mais de représentation : "Toutes les représentations assimilées au féminin et au masculin sont le produit d'une construction sociale".
On pourrait conseiller à nos chers députés UMP d’aller voir, comme « leçon de choses », le passionnant thriller d’Almo Dovar, « La piel que habito », d’une grande beauté formelle même s’il n’atteint pas, le film est quelque peu glacial, à l’émotion de « Tout sur ma mère ». A la fin de ce dernier film, le héros, transsexuel, affirmait que son identité sexuelle était un choix. Dans « La piel que habito » Almo Dovar va plus loin, l’identité de «Vera » sera forgée par un démiurge, le genre au-delà du gêne et du socioculturel... »
La représentation de l’homosexualité au théâtre et au cinéma est souvent au-delà de la caricature comme le dit si bien la chanson d’Aznavour « On rencontre des attardés, Qui pour épater leur tablée, Marchent et ondulent, Singeant ce qu'ils croient être nous, Et se couvrent, les pauvres fous, De ridicule ». Ce n’est pas le cas de celle de l’acteur Romain Canard, dans la pièce « Dernier coup de ciseaux », qui se déroule dans un salon de coiffure, sorte de Cluedo interactif avec le public qui doit choisir entre les trois suspects, pour trois fins différentes. Dommage que ce ne fût pas lui l’élu dans la représentation à laquelle j’ai assisté, pour le seul plaisir de le voir en scène plus longtemps, car il est irrésistible et domine la distribution. La caricature ici ne force qu’à peine le trait, au point de sembler « naturelle » et nous fait immanquablement penser à tel ou tel d’entre nous.
13/12/2011Addictions sexuelles
Quand j’ai ouvert mon premier blog sur un site de rencontre aujourd’hui disparu, je le concevais comme le journal électronique de ma vie dans sa dimension homo-« sexuelle ». Concevant de tout dire ou presque, l’influence peut être de la lecture assidue du journal de Renaud Camus en un temps où il collectionnait les « tricks », je l’avais situé sur un site dont mes proches et notamment celui qui l’est le plus, Bertrand, ne soupçonnaient point l’adresse. Un journal qui tairait une composante essentielle de celui qui le tient, le fonctionnement de son désir, me semblait perdre une grande partie de son intérêt. Tout dire certes, mais à condition de préserver ceux qui vous sont chers. Des recherches « Google » sur les sujets les plus divers m’ayant montré qu’il était possible de "tomber" par hasard sur un de mes billets, je ne pouvais continuer à prendre le risque que ce hasard ait les yeux de Bertrand. Nous avons toujours su et accepté, tacitement, comme un non-dit, quelque fois dit lorsque nous nous sommes fait « piéger » par imprudence (... ces sites internet qui conservent l’historique de conversations qu’on a oublié d’effacer!), les infidélités occasionnelles de la chair, mais il ne pouvait être acceptable de les rendre publiques.
La "narration" des errances de mon désir a ainsi disparu du contenu de mes blogs successifs. Il est probable que cette quasi disparition de mes "aventures" n'ait nullement manqué aux lecteurs de mon précédent blog, certains sans doute trouvaient même cela indécent, notamment ceux qui ont un rapport à la fidélité qui n'est pas le mien, mais c'est oublier qu’on écrit d’abord pour soi.
Ce blog ne s’est cependant pas trouver amputé de toute dimension sexuelle puisque Bertrand et moi continuons à visiter régulièrement ensemble les haut lieux de la turpitude gay pour des tricks généralement individuels ou à rechercher sur internet des plans à plusieurs. En ce qui concerne les lieux gays nous nous limitions depuis longtemps aux bars « naturistes», « l’impact », « le bunker » ou le « Full metal », des valeurs sûres. Depuis peu nous avons tenté un retour vers les saunas, un sauna en fait, « l’IDM », qui organise maintenant également des journées « nature » (c’est à dire avec une serviette trop petite pour vous entourer la taille....). Au temps de mes heures de gloire, celles où je collectionnais une ou plusieurs centaines de tricks par an, ce sauna, qui abritait aussi une permanence hebdomadaire de l’association des Médecins Gays à laquelle je participais, était un de mes lieux de chasse favoris. C’est avec un certain plaisir que j’en ai arpenté à nouveau les longs couloirs, presque inchangés en dépit des rénovations subies. Il y aurait beaucoup à dire sur l’atmosphère spécifique à chaque lieu, sur son type de clientèle, de styles de rapports auquel vous pouvez vous attendre, du degré d’intimité que vous pouvez atteindre, au temps que vous y passez. Je ne sais pourquoi j’ai progressivement abandonné, il y a plus de quinze ans, la fréquentation des saunas après y être allé pendant des années, dès que j’ai eu découvert le mythique « Continental », 2 ou 3 fois par semaine (j’étais même abonné à « Univers Gym » avant qu’il ne brulât). Le coût peut être, et surtout le temps passé, des heures parfois, alors que les bars sexe dépourvus de douches et de cabines confortables amènent des rencontres plus expéditives, sans parler des possibilités sur internet. Ma récente visite à l’IDM fût doublement un retour vers le passé. Un jeune homme d’une quarantaine d’années qui était entré dans ma cabine me dit lorsque nous eûmes terminé notre affaire « tu ne me reconnais pas ? Tu es bien médecin, tu es venu chez moi quand j’habitais dans le 7è». Je ne l’avais pas reconnu, 20 ans plus tard, Edouard, rencontré au Club Med Gym Grenelle en 1991 alors que j’habitais encore Saint Germain en Laye...
Le sexe est il un enfer ? C’est semble t’il la morale de l’ennuyeux (je partage de plus en plus souvent l’avis des Inrocks, cela commence à m’inquiéter !) film de Steve Mc Queen, « Shame », film puritain, quoique voyeur, histoire d’une addiction sexuelle (telle que dans une scène hallucinante on voit le héros, éconduit d’une boîte hétérosexuelle, se précipitait dans les catacombes d’une sordide boîte gay pour une fellation « urgente ») sur lequel le réalisateur semble porter un regard clinique et réprobateur. Heureusement il ne nous cache rien du corps désirable de Michael Fassbender. Sa fascination pour les corps masculins était déjà perceptible dans son précédent film, « Hunger » qui m’avait bien plus séduit.
Les addictions sexuelles n’ont pas bonne presse en ce moment, il n’est qu’à voir la frénésie avec laquelle une certaine presse - l’Express se comportant comme un tabloïd, Albert Camus doit se retourner dans sa tombe - se complait dans les bas fonds de l’affaire DSK. Bien heureux les homos qui ont su organiser leurs lieux de débauche, ce qui leur évite « d’aller aux putes » quand ils ont un agenda chargé et que le temps dont il dispose leur est compté....La sexualité c’est comme l’argent, mieux vaut éviter de le faire savoir si vous en avez trop, sinon attention aux envieux, ils ne vous rateront pas...
01/12/2011Un monde sans experts
Je ne sais pourquoi je n ai jamais aimé cette ville, Bâle, siège de mon entreprise, au point de refuser à deux reprises, il y a bien des années, une poste "international"', la perspective d y vivre me terrifiait. L autre soir, traversant la vieille ville, qui ne manque pourtant pas de charme, le long de rues désertées dès que la nuit tombe, dans la fraicheur humide de ce mois de ce mois de novembre que je déteste, et cherchant mon chemin en direction des bords du Rhin à la recherche du restaurant où je devais retrouver mes collègues, je repensais à un article d’un quotidien du matin, lu dans l’avion, et qui me semblait éclairer, au moins partiellement, mes interrogations à propos de certaines réactions à mon dernier billet. Il me paraissait étonnant que le jugement, pourtant relativement modéré, que j’avais porté sur l’évolution des révolutions arabes, puisse soulever, comme à chaque fois que l’on exprime quelque réticence vis à vis de l’islam, tant d’oppositions, jusqu’à l’accusation d’islamophobie (il est vrai de part d’un internaute qui a une vision quelque peu manichéenne et simpliste du réel), alors qu’on peut écrire, dire ou mettre en scène toutes les horreurs que l’on veut sur les chrétiens sans jamais, ou presque, se faire traiter de «christianophobe». Certes je n’ignore pas que derrière cette christianophobie il faut entrevoir le déni des racines de notre civilisation et de notre patrimoine culturel, alors que la chasse à l’islamophobie concourt à l’injonction qui nous est faite d’expier notre passé de colonisateur, mais le philosophe Fabrice Hadjadj, dans l’article précédemment mentionné (« Vous avez dit christianophobie » ?) souligne combien il est difficile pour un chrétien de la dénoncer, que cette dénonciation ne serait légitime que pour un non chrétien, car elle est au cœur même du mystère de la croix (« Si la christianophobie s’exprime par la représentation du Christ dans une situation humiliante, que dois je faire de mon crucifix, qui le montre en train de subir le supplice des malfaiteurs dans la puanteur du Golgotha ? »). Ce que n’ont manifestement pas compris les intégristes de Saint Nicolas du Chardonnet...
Si le chrétien « culturel » que je suis s’accommode depuis longtemps de la christianophobie ambiante, il assiste avec un malaise croissant, peut être parce qu'il est aussi médecin, à la médiatisation et l’exploitation politique de faits divers criminels qui sont le fait de psychopathes. A chaque nouvel acte isolé de folie meurtrière on nous promet une législation d’exception. Impuissant à interdire la folie, l’enfermement psychiatrique ne satisfaisant plus la demande des victimes, on en vient à nier la folie, invention des « experts », voire à proposer de supprimer les fous, pas que Marine Le Pen a allègrement franchi en réclamant le rétablissement de la peine de mort dans un cas où ne peut même pas invoquer l’argument de « l’exemplarité de la peine » puisqu’il ne s’agit plus que de vengeance sacrificielle .
Ici on accuse les experts d’incompétence, là, comme je viens d’en être le témoin dans le processus de réévaluation des médicaments anti-Alzheimer, d’être « vendus » à l’industrie pharmaceutique ce qui a conduit, en les éliminant de la procédure, à des décisions incompréhensibles à quiconque a une expérience clinique quotidienne de cette maladie et de l’utilisation de ces médicaments. Ce monde est décidément tombé sur la tête, « time is out of joint » disait Hamlet, ces experts dont on a décidé de ne plus solliciter l’avis sur les questions sociétales ou médicales, on leur donne le pouvoir décisionnaire sur le plan économique en les plaçant à la tête de deux états européens....
Les écologistes aussi avaient décidé de se passer « d’experts » en faisant appel à la passionaria nordique, tombée dans une potion verte le temps d’une campagne électorale, et qui s’est saisie du nucléaire comme d’un jouet. L’occasion pour François Hollande, qui a peut être, sans doute, été une fois de plus victime de sa faiblesse « consensuelle », de s’apercevoir que la « perdante » des primaires n’était pas disposée à lui faciliter la tâche, l’expérience subie par sa compagne d’antan aurait pourtant du lui mettre la puce à l’oreille...
Comment un expert, ici un statisticien de génie, en appliquant des règles mathématiques peut amener une équipe de baseball, constituée de « losers », au sommet, c’est ce que raconte le « Stratège » film passionnant, même quand on ne comprend rien à ce sport, et d’une efficacité bluffante. Fable bien plus efficace dans sa dénonciation du pouvoir de l’argent que cette immense déception que constitue le dernier film du réalisateur du remarquable « Bienvenue à Gattaca », « Time out » , poussive allégorie politique qui nous décrit un monde où les hommes ont été génétiquement modifiés pour ne plus vieillir après 25 ans et où la monnaie a été remplacée par le « temps », celui qui vous reste alors à vivre en fonction de la réserve, attribuée selon les règles du capitalisme sauvage, dont vous disposez. Reste la séduction exercée par tous ces acteurs que l’on croirait sortis d’un concours de « Tetu » pour l’homme du mois !
13/11/2011Une révolution sous nos yeux
Ne vivons-nous pas une période passionnante ? Pour la première fois dans l’histoire de ce pays un gouvernement présente un plan de rigueur, certes modeste - juste une mise en bouche pour ce qui nous attend après - à quelques mois d’élections capitales, et nous allons assister à la première campagne présidentielle d’où toute promesse qui ait un coût devra être bannie. Le parti socialiste, qui a déjà dû avaler son projet, va devoir faire sa révolution copernicienne, sans l’avouer et oser la nommer " programme de Bad Godensberg". Sinon à la marge - là on taxera un peu plus les classes moyennes et ici " les riches", et sur le plan sociétal, ce qui est loin d’être secondaire - c’est de la même politique dont vont nous parler nos deux candidats AAA, derrière le mirage idéologique des mots, celle du maintient dans l’euro par réduction de la dette. Puisque nos gouvernants n’ont plus de « pouvoir », plus celui d’agir sur la réalité, puisqu’ils ne leur reste plus que les « paroles », comment vient de le montrer magistralement le film de Pierre Schoeller, « L’exercice de l’Etat », que vont-ils nous dire s’ils ne peuvent plus promettre et distribuer ce qu’on a plus? Un concours de coup bas et de surenchères populistes nauséabondes.
Les tenants de " l’autre politique", celle de la sortie de l’euro et de reconstruction des murs, que le politiquement correct appelle « démondialisation », Marine, Mélenchon et le baron rouge, pourront sans peine dénoncer le cynisme de Sarkomerkel qui mettent sur le trône de Grèce celui qui a négocié l’entrée de son pays avec des comptes falsifiés et sur celui d’Italie l’employé de Goldman Sacks qui a aidé au maquillage de cette falsification et a mis en place la dérégulation financière! On croit rêver. Que ceux qui nous ont mis dans la merde nous en sortent.... Jean Pierre Jouyet vient de déclarer au Monde que " les citoyens se révolteront contre la dictature des marchés ", peut-être se souvient il qu’une autre crise de la dette fut le prélude à la révolution française! Ces citoyens que la simple idée de les consulter par référendum effraie tant l’on sait que leur vote précipiterait la fin, crise de la dette doublée d’une crise de la démocratie.
Pendant que certains peuples d’Europe fantasment la démondialisation de l’économie et que celle-ci risque de s’effondrer là où elle a pris racine, en Grèce, d’autres peuples, de l’autre côté de la méditerranée, fantasment eux la mondialisation de leur religion. L’heure d’une vision angélique des révolutions arabes est semble-t-il passée, à la révolution succède un peu partout la contre-révolution islamiste. Certes le pire n’est pas encore sûr, certains comme BHL, contre Alain Finlelkraut mais avec Tarik Ramadan, semblent encore parier sur un islam modéré, mais le vote majoritaire des tunisiens de France en faveur du parti islamique ne peut pas ne pas inquiéter et sonner comme un écho au livre de Christopher Caldwell, "Une révolution sous nos yeux". Il y aborde la question de l'immigration et de l'islam en Europe. L'immigration à grande échelle, en particulier musulmane, serait en train de transformer profondément l'Europe et de redessiner l’avenir du vieux continent, ce que Renaud Camus appelle la « contre-colonisation ».
31/10/2011Autour du mariage gay.....
Voici donc, comme annoncé dans un billet récent, le texte complet sur le mariage gay que j'avais envoyé au bimestriel "Friendly", d'abord celui qui a été publié, suivi par celui qui dans mon esprit aurait du le précéder mais qui n' apas été retenu. Pour le prochain numéro à paraître en décembre j'ai proposé un texte sur la "théorie du genre"....
" Catho, réac, homophobe ou lâche?
Quelque réticence que l'on puisse avoir quant à la revendication du "mariage gay", sur sa pertinence ou son urgence, courir le risque de se retrouver en compagnie de ceux qui s'y opposent frontalement, parfois jusqu'à l'ignominie, ne vous laisse guère d'autre choix que de la soutenir.Ce front du refus n'est cependant pas univoque, il recouvre des motivations, des arrières pensées et surtout des conceptions de l'homosexualité fort différentes.
Il y a ceux, que l'on pourrait qualifier de réactionnaires, qui sur des convictions religieuses, politiques et/ou philosophiques tentent désespérément d'inverser la "flèche du temps". La normalisation de l'homosexualité vécue comme menace pour l'institution familiale ou porte ouverte au communautarisme. Pour nombre d'entre eux l'homosexualité est "acquise", voire un choix de vie, elle se conçoit comme une "pratique" et non comme une "relation affective" et il n'est pas rare qu'ils s'appuient sur la théorie freudo/lacanienne (on ne soulignera jamais assez les méfaits de la psychanalyse quant à sa conception de l'homosexualité). S'ils n'étaient contraints par leur idéologie "droit de l'hommiste", nombre de socialistes, comme il le firent par le passé, s'appuyant sur la philososphe Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin ("Il s'agit donc de savoir si l'institution du mariage et de la filiation doit continuer à inscrire chacun dans l'ordre d'une humanité elle-même sexuée, ou bien si l'on veut briser ce modèle dans lequel s'articulent la génération, la différence des sexes et celle des générations") s'inscriraient encore dans ce courant de pensée. Christine Boutin ne dit pas autre chose - « Effectivement. Ce n’est pas du tout ma foi qui me conduit à prendre cette position. C’est la réalité historique, biologique, psychologique. Pas du dogmatisme ou de l’idéologie ». On pourrait aussi citer François Baroin ( "ils ne veulent pas se marier") et surtout Eric Zemmour qui considère la revendication comme communautariste, le fait du "lobby gay"(dont les motivations réelles seraient la destruction de l'institution - un soupçon de vérité...pour une minorité). Pour ce dernier, qu'on a connu plus avisé dans ses démonstrations, la faible proportion d'homosexuels parmi ceux qui concluent un Pacs serait la preuve qu'une majorité d'entre eux ne se sent pas concernée! Dommage que l'on ait à rappeler une évidence à qui se veut si "rationnel", à savoir que les demandes de Pacs, devenu fait de société, ne font que refléter la prédominance "quantitative" de l'hétérosexualité , et qu'au contraire, si l'on considère l'obstacle infranchissable que constitue encore pour beaucoup la sortie du placard que le PACS implique, on doit souligner son succès chez les gays. Ces positions, tant qu'il n 'y a pas de rejet de l'homosexuel en tant que personne, font partie du débat public.
Il n'en va pas de même avec la cohorte des homophobes, dont il semble que l'UMP soit un réservoir, qui ont joué à qui irait plus loin que l'autre dans l'abomination. Un florilège : "Et pourquoi pas des unions avec des animaux? Ou la polygamie?" (Brigitte Barèges), «Après le mariage homosexuel, bientôt l’adoption, après l’autorisation du piratage et des vols de DVD, après la demande d’arrêt des contrôles de vitesse, après la dépénalisation de la prostitution, après la non-incarcération des délinquants mineurs, je dirais à la limite, à quand la dépénalisation du viol? Ou la légalisation du viol?» (Jacques-Alain Bénisti), proposition de signer le Pacs dans ""les services vétérinaires" (Dominique Dord). Sans oublier bien sûr le sinistre Christian Vanneste : « Je ne vois pas en quoi l'Assemblée nationale doit s'intéresser à une aberration anthropologique [...] ou encore "l'homosexualité est dangereuse, et inférieure à l'hétérosexualité". L'opposition au mariage n'est ici qu'un prétexte, c'est l'homosexuel qui est visé, aberration biologique, délinquant ou malade mental. Il est sidérant qu'un parti "républicain" garde en son sain de tels personnages.
Il y a enfin une dernière catégorie, d'autant plus méprisable que certains d'entre nous la composent, tel ce député UMP, futur ministre, Renaud Donnadieu de Vabres, dont Act-up avait menacé de révéler l’homosexualité, qui avait défilé contre le Pacs et dont les motivations étaient sans doute les mêmes que ce sénateur américain, connu pour ses positions homophobes, arrêté en état d'ébriété à la sortie d'un bar gay et qui avait déclaré : « …que ses votes représentaient la façon suivant laquelle ses électeurs voulaient qu’il vote, pas son propre « conflit interne »
Catho, réac, homophobe ou lâche? Certains se paient même le luxe d'appartenir à plusieurs de ces catégories, des "trans" en quelque sorte."
Ci-dessous le texte qui devait le précéder....
"L'opinion qu’on peut avoir quant au « mariage gay » n’est pas sans lien avec le « contexte » de l’époque où elle est émise. En d’autres temps François Baroin ne nous aurait pas dit pas qu’il avait des « amis gays », peut-être n’aurait-il même pas su qu’il en avait, aujourd’hui il nous précise «qu’ils ne veulent pas se marier». Si l'on peut sourire de la valeur statistique de l'argument, d’amis gays il ne doit point en avoir tant que ça pour que l’échantillon soit représentatif, il aurait fallu l'informer qu'il ne leur avait pas posé la bonne question. Le problème n’est pas de savoir si l'on «désire se marier» mais celui d'obtenir «le droit de se marier».
A cette revendication il n’est cependant pas certain que la réponse des gays soit aussi univoque que d'aucuns le pensent ou le proclament. L'extrait qui suit du livre de Jacques Fortin, militant LGBT et fondateur de la revue "Masques", "l'homosexualité est elle soluble dans le conformisme", en témoigne :
"Nous sommes-nous battus pour ça ?
Pétition pour le « mariage gay » à l'heure où le mariage hétéro implose, sans s'interroger outre mesure sur le contenu possessif, oppressif du mariage. Homoparentalité à deux papas deux mamans qui revendique d'instrumentaliser les corps en mère porteuse ou donneur anonyme. Retour en force de la « romance amoureuse » et du duo/duel de la conjugalité à la mode hétérosexuelle. Changement d'état civil (bien hétéronormé ?) pour les transexuel/les... Tout cela sent la reddition à l'ordre sexiste. On n'est plus dans la mise en procès de l'hétérosexisme machiste, mais plutôt dans le syndicalisme exigeant sa part à lui du « grain à moudre ». En même temps que, orchestrateur sournois de nos imaginaires, s'est épanoui un espace commercial qui dicte les modes, les comportements, les goûts, l'égotisme sexuel et la futilité consommatrice. Est-ce bien de cet utilitarisme, de ces normes et de ces « valeurs » dont les « hors-le-genre » avaient besoin ? Cela correspond-il à nos vies réelles ?"
Edmond White, dans sa chronique biographique des années 70 à New York récemment parue, "City Boy", dit à peu près la même chose.
Opinion d'une génération, celle des années 70, de ce temps où la « libération » gay voulait dynamiter le mariage et vouait aux gémonies tout mimétisme de l’hétérosexualité? A cette époque là la perspective même d’un « mariage » homosexuel nous aurait fait éclater de rire. Le mouvement homosexuel d'alors était loin de s’imaginer que son rôle essentiel dans la reconnaissance et l’acceptation progressive du fait homosexuel allait aboutir à une déroute de ses idéaux par victoire totale du modèle hétérosexuel qui a fini par nous imposer ses normes. Il était difficile d'imaginer que nombre de ceux que les militants des années 70 pensaient "libérer" de la pression culturelle qu’ils subissaient n’allaient accéder à la « lumière » que pour aussitôt intégrer le modèle qui n’avait cessé de les oppresser. Des deux visons de l’homosexualité qui s'opposaient alors, celle de Jean Louis Bory, critique cinématographique au Nouvel observateur, défenseur d’une homosexualité « respectable », du droit à "l’indifférence", en quelque sorte dans la logique de l'association "Arcadie", et celle de Guy Hocquenghem et des mouvements homosexuels tenant d’une visibilité radicale et d’une certaine marginalité, c'est la première qui semble avoir finalement triomphé ( les membres du FHAR, Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, raillaient l'association Arcadie fondée dans les années 50, « l’homosexualité de papa ». Là où ces derniers se définissaient comme « homophiles », les membres du FHAR se disaient « pédés et lesbiennes)?
Il est assez étrange de voir que la revendication du mariage gay est née de l’alliance contre nature de l'extrême gauche, des disciples de Bourdieu (Didier Eribon, Michel Onfray, etc), qui ont toujours comme arrière pensée de détruire l’institution du mariage, de l’intérieur, revendication cheval de Troie, et de la majorité « silencieuse » gay, qui rêve d’une "reconnaissance sociale ". Pour cette dernière, il s’agit d'un besoin du « mot », elle est « nominaliste », nommer effacerait les différences... Alors que nous nous sommes battus pour le droit à la "différence", la génération actuelle se réclame du droit à « l’indifférence ». Je crains qu’il n'y ait chez nombre de ceux qui la composent une «intériorisation des interdits », quasi biologique, le regard de l'autre continuant à faire problème et derrière le désir de voir l’homosexualité reconnue comme dans "la norme", celui inconscient de s’accepter soi même enfin comme « normal ». Comment s'en étonner puisque ce sont souvent les mêmes qui fustigent les « folles », « les efféminés », « le ghetto », et tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, irrite, choque, dérange ou fait rire l’hétérosexuel moyen, reproduisant ainsi contre les nôtres les mêmes mécanismes archaïques d’exclusion, l’éternel « bouc émissaire ». Le rejet de la "folle" stigmate de « la haine de soi ». La Gaypride, déjà privée de son nom de baptême, a elle même été victime de cette volonté d'effacement de nos "différences". Cette année, la LGBT avait choisi un visuel dans la tradition du l'humour "Queer", affublant le symbole du machisme et de la fierté, cher à nos rugbymen, le coq gaulois, d'un boa! La présentation de ce visuel au Tea Dance du tango a provoqué un vent de révolte dans une partie de la communauté homosexuelle, le concert des honteuses y ayant vu une stigmatisation des homosexuels, une intériorisation des clichés de la folle, un recul de la lutte contre l'homophobie....
Cette couse effrénée vers la "norme" nous fait oublier qu'il y a d'autres urgences aujourd'hui que celle du mariage et de l'adoption, l'homophobie qui est loin de régresser, le suicide des jeunes gays, la lutte contre le Sida, etc...Mais faudrait-il pour cela que les gays se sentent encore engagés par ces combat au lieu de n’avoir plus en tête que le « droit à l’indifférence ». Christine le Doaré, présidente du centre LGBT Paris, a déclaré dans TETU : « Il y a une perte évidente des repères individuels et collectifs sur ce sujet. L’obsession du mariage et de l’adoption a étouffé en partie d’autres luttes....Cette recherche absolue de normalité ne remet pas en question les principes fondamentaux de la société. Ceux qui en font les frais sont les mêmes : les femmes, les malades, les précaires.»
Qu'on ne se méprenne pas, le combat pour l'égalité des droits est essentiel, elle va de soi, mais la façon dont nous venons de le mener en se focalisant sur sa dénomination, "mariage", l'a retardée et nous a détournés d'autres luttes. Il va de soi, maintenant que le mariage gay a été adopté par nombre de pays, qu’il est une revendication mondialisée, revendication qui s’est imposée de fait, que toute autre appellation pourrait apparaitre comme une régression et qu’on n'a plus d'autre choix que la soutenir. Cela ne doit pas nous faire oublier :
"Le bonheur de n'être jamais vraiment à sa place,
le petit détail qui fait que l'on n'est jamais aussi conforme que le voudraient les normes" (Hervé Brizon, La vie rêvée de Sainte Tapiole)"
20/10/2011Beauty, une palme "queer"
C’est en rentrant de la projection, à l’UGC ciné cité Bercy, de la palme « Queer » au dernier festival de Cannes, « Beauty », que j’ai pris connaissance du résultat des primaires socialistes.
Qui aurait pu imaginer, il n’y a pas si longtemps encore, quelques mois tout au plus, que François Hollande serait le candidat socialiste à la présidentielle 2012, cinq ans après n’avoir pas été celui de celle de 2007, place qui lui été alors naturellement destinée en tant que premier secrétaire du parti socialiste. L’envolée irrationnelle qui s’était alors produite dans les sondages en faveur de Ségolène Royal l’en avait empêché, et, ironie de l’histoire, c’est elle qui, par son ralliement spectaculaire et presque émouvant, a apporté un soutien décisif à son ancien concubin, bien plus décisif que celui de l’inénarrable baron gauchiste, l’espace d’une élection, Arnaud de Montebourg. Comme il était jouissif, l’autre dimanche, de voir difficilement contenir leur dépit les dinosaures du parti qui s’étaient presque tous rangés dans le camp de Martine, et ...Laurent Fabius serrer la main de vainqueur. J’ai éprouvé, ici ou là, pendant cette campagne certaines émotions que j’avais presque oubliées depuis 1981, celle de l’autre François. Il y a si longtemps que je n’avais plus voté avec plaisir et conviction, presque un retour au bercail. Presque, car le chemin est encore long et s’annonce plus que périlleux dans un environnement économique et financier qui ne va cesser de se dégrader et qui ne devrait plus permettre de tenir le langage d’un autre siècle, celui de Benoit Hamon, ou celui apocalyptique, délirant, du baron. Une autre grande satisfaction pendant ces quelques semaines, l’état de sidération de l’UMP au bord de la crise de nerfs...
« Beauty » donc, d’Olivier Hermanus, est un film sur la haine de soi, celle d’un homosexuel quinquagénaire vivant dans des milieux hyper conservateurs d’une Afrique du Sud dont les « apartheid » sont encore souvent dans les esprits, s’ils ne le sont plus dans les lois. Le titre du film semble étrange car s’il se réfère à la fascination que va exercer la beauté captivante d’un jeune étudiant, la traduction du titre anglais « skoonheid » est impuissante à reproduire son lien avec le mot « apartheid ». Les contradictions du héros, torturé, qui derrière le masque de son homophobie vit clandestinement une homosexualité sordide, et va vivre une passion pour son jeune neveu, destructrice jusqu’ au viol, sont admirablement rendues par l’interprétation remarquable de Dean Lotz. On pourrait reprocher à ce film son simplisme et son caractère démonstratif, renvoyant les contradictions du personnage à son histoire individuelle - milieu social, racisme- notamment dans cette scène finale où le héros comprend, à la vision de jeunes gays s’embrassant en public dans un bar, qu’il est passé à côté de sa vie, il n’en reste pas moins oppressant et très intense. Dommage qu’une réalisation contemplatrice, où les silences s’éternisent, s’éternisent, amène parfois à l’ennui.
Aucune réserve quant au film de Nicolas Winding Refn, « Drive », de la fascination au contraire. Ce thriller qui conte l’histoire d’un petit malfrat solitaire qui va se transformer en tueur fou, le hasard lui ayant fait croiser la route d’Irène et de son fils, menacés par la mafia. La réalisation en est époustouflante, rappelant les plus grands jusque dans son utilisation de la bande son et Ryan Gosling irrésistible dans son blouson brodé d’un scorpion.
04/10/2011Les neutrinos et le "genre"
Mon attention a été quelque peu détournée de ce blog par mes obligations professionnelles et notamment la nécessité de faire face aux remises en cause, venant d’horizons multiples, et dont la bonne foi et la rigueur scientifique sont le plus souvent absentes, des traitements actuels de la maladie d’Alzheimer. Les effets pervers de la sale affaire « Mediator » ne sont pas prêts de s’estomper.
Les sujets d’intérêt ne manquent pourtant pas, en premier lieu cette campagne des primaires socialistes dont, il y a quelque mois, je ne doutais pas qu’elle ne se révèle délétère pour ce parti et qui constitue au contraire une divine surprise par la retenue dont font preuve, du moins jusqu’à ce jour, les candidats dans leurs attaques personnelles. Si ce renouveau inattendu de maturité politique survit à la désignation du vainqueur, je ne vois pas comment celui ci pourrait perdre cette élection. La présence d'un bureau de vote à distance de marche de mon domicile pourrait bien m'inciter, dimanche, à aller glisser un bulletin dans l’urne en faveur de François II.
Il serait cependant excessif de dire que cela me passionne, l’essentiel se joue ailleurs, la crise des dettes souveraines ne laissant pas d’autres choix à l’Europe que de se faire enfin dans sa dimension politique ou disparaitre dans un avenir qui pourrait bien s’avérer cauchemardesque. Il serait sans doute salutaire pour le parti socialiste de se trouver aux commandes à un moment où la confrontation à la dure vérité des faits lui interdirait toute expérimentation idéologique.
L’Europe est au bord du gouffre, mais la physique théorique aussi...Le modèle standard qui en constitue le socle, jamais démenti par l’expérience et qui a même permis de découvrir des particules dont il avait prédit l’existence, pourrait se voir remis en cause sur trois fronts. Les physiciens sont des « agnostiques », contrairement aux philosophes ou aux politiques ils confrontent sans arrêt leurs certitudes d’aujourd’hui à l’expérience et leurs remises en question les exaltent. On sait, j’en ai parlé dans un billet précédent, que les expériences en cours dans l’accélérateur de particules du CERN, devraient d’ici quelques semaines ou moins, confirmer l’existence, une des prédictions du modèle, de ce fameux boson de Higgs qui nous donnerait enfin la clé de la masse des particules. Si finalement on ne le trouvait pas, les tenants du principe « anthropique », selon lesquels il n’est pas nécessaire qu’une théorie explique tout si l’on admet que toutes les possibilités existent et que nous sommes seulement dans l’ univers dont les valeur physiques, y compris la masse, étaient les seules compatibles avec la vie, s'en trouveraient confortés....L’autre faiblesse du modèle vient du fait qu’il présuppose que la matière « visible » que nous avons mise en évidence ne constitue que 20% de la matière totale de l’univers, les 80% restants nous étant « invisibles », la « matière noire » (seule façon d’expliquer la vitesse de rotation des étoiles lointaines). Or une équipe allemande aurait peut être enfin détecté des indices de cette matière introuvable....Mais enfin et surtout, ce qui a le plus mis en émoi les physiciens, c’est la communication de résultats d’une expérience selon lesquels les neutrinos, ces particules si difficiles à détecter car elles interagissent peu avec la matière, pourraient dépasser la vitesse de la lumière, obstacle infranchissable depuis Einstein. Si cette expérience était confirmée ce serait un coup de tonnerre qui obligerait à considérer la théorie de la Relativité comme incomplète. Cet ébranlement pourrait bien se révéler salutaire car la théorie d’Einstein est incompatible « aux origines », au temps du big-bang, avec le modèle standard de la mécanique quantique vu plus haut, il faut donc bien qu’une au moins des deux théories soient incomplète. Les neutrinos sont d’ailleurs des créatures charmantes qui existent sous trois formes, « trois genres » que les physiciens appellent joliment des saveurs, et qui, lorsqu’elles se déplacent peuvent changer de genre, des « trans» en quelque sorte.
Le dernier film de Gaël Morel, « Notre paradis », cavale destructrice d’amants criminels, aurait pu se placer dans la lignée de Jean Genet et de son rapport à l’homosexualité, fascination pour le mal, le crime et la mort. Mais il ne suffit pas de nous montrer toute la panoplie des perversions et pratiques fétichistes de certains milieux gays pour accéder à ce statut, faut il encore avoir du talent, talent dont manque à l’évidence et le réalisateur et certains comédiens. Quant à Stéphane Rideau, dont l’expansion du postérieur n’a d’égal que celle de celui de Béatrice Dale, il n’est plus que le pâle reflet de la jeune découverte d’André Téchiné.
Le numéro 2 du magazine gay « Friendly » est paru. J’avais répondu à la demande de la rédaction en envoyant deux billets ayant pour sujet le mariage gay, l’un exprimant certaines réticences « post soixante huitardes » quant à ce concept, contrebalancées dans le second, plus polémique, qui fustigeait ceux qui s’y opposent. Seul le second a été retenu...je vais donc passer pour un fervent défenseur de ce mariage !
19/09/2011"Du temps qu'on existait"
Je n’ai pu voir ce premier débat des primaires, mes obligations professionnelles m’en ont empêché, mais je doute qu’il ait pu modifier mon inclinaison, qui ne date pas d’aujourd’hui, pour François Hollande. Je ne sais encore si je participerai au vote, puis je vraiment signer un document où j’affirmerais mon adhésion aux valeurs de ce parti ? On a d’ailleurs du mal à croire qu’elles soient exactement les mêmes pour les six candidats, mais après tout comme l’élu, quel qui soit, s’il remporte la présidentielle se verra forcé (par la «realpolitik») de les trahir, plus ou moins vite, on ne prend pas grand risque à le signer en fermant les yeux?
Je n’ai pas non plus beaucoup vu Budapest, tout juste le temps d’apercevoir, des fenêtres du taxi qui m’amenait de l’aéroport à mon Hôtel, quelques vestiges de l’empire Austro-hongrois sur les façades d’immeubles bordant les rues de Pest, et au loin sur les bords d’un danube qui n’avait rien de bleu le château et les monuments de Buda que j’avais eu l’occasion de découvrir, trente ans plus tôt, avant la chute du mur. La vie nocturne de Budapest est sans doute aujourd’hui beaucoup plus animée que du temps où Brejnev régnait sur Moscou, je n’ai pas eu le temps d’aller l’explorer, mais si on en juge par la fréquentation par la jeunesse locale des sites internet, gayromeo semble très populaire ici aussi, les rencontres doivent pouvoir s’enchainer...Ce n’était point le cas à St Laurent de Cabrerisse, petit village des corbières perdu entre Carcassonne et Perpigan, où je participais dès mon retour à un séminaire de travail, le GPS du logiciel de rencontre « GRINDR » de mon ipad ne localisant pas âme qui drague à moins de 20 kms....
Du temps donc pour me lancer dans la lecture d’un roman improbable, celui d’un petit génie de 19 ans, Marien Defalvard. « Du temps qu’on existait » nous conte la dérive mélancolique et la détestation de son temps d’un homme qui se penche sur son passé, mélancolie que rien, depuis le paradis perdu de son enfance familiale, ne vient adoucir, y compris ses éphémères rencontres masculines. On ne peut pas ne pas évoquer Proust. Le style, une fois qu’on s’est laissé emporter par lui, la lecture n’en est pas limpide, est étincelant, envoutant. Seule réserve, derrière le sentiment d’assister à l’avènement d’un grand écrivain, celle justement de s’être laissé envouté, de s’être « fait avoir », et que l’auteur ne se révèle un jour être à la littérature ce que BHL est à la philosophie.
Pas d’envoutement, plutôt une certaine perplexité, après avoir vu le film de Nanni Moretti, « Habemus Papam ». Certes on passe un assez bon moment, c’est parfois drôle, et Piccoli égal à lui même, mais on voit mal quel est le propos de l’auteur qui balance entre la caricature du collège des cardinaux, de la psychanalyse, voire du sport d’équipes. Si c’est l’Eglise qui est visée, la satire est plutôt douce, elle aurait facilement pu être plus cruelle. Etrange cette absence presque totale du film de la « religion», comme si aucun des cardinaux n’avait été touché par la « grâce », comme si aucun n’était habité par la « foi ». Etrange aussi cette affirmation d’une réticence de l’Eglise aux théories freudiennes, le cinéaste ne sait il pas qu’elles influencent au contraire fortement ses positions , notamment sur l’homosexualité ou sur la « théorie du genre » !
« Ceux que j’aimais de façon immanquable, suivaient tous le même rituel à travers mes perplexités intérieures, mais il fallait, pour qu’à chaque fois le processus puisse se renouveler sans que je l’anticipe, que la personne sur laquelle j’avais fixé mon sentiment, me paraisse toujours nouvelle, qu’elle semble écraser de son simple nom couché une pléiade d’antécédents bavards et divers, qu’elle les enterre, tous »
(Marien Defalvard, Grasset, 2011.
08/09/2011"Je peux vivre sans toi, ....je ne peux vivre sans t'aimer"
« Je peux vivre sans toi, oui, mais ce qui me tue mon amour, c'est que je ne peux vivre sans t'aimer », ces paroles du refrain d’un des chansons écrites par Alex Beaupain pour le très beau film de Christophe Honoré, « Les Biens aimés », constituent le film conducteur des chroniques amoureuses d’une mère (interprétée par Ludivine Sagnier puis Catherine Deneuve) et de sa fille (Chiara Mastroianni), chroniques dont les soubresauts et les souffrances qu’ils traduisent éclipsent pour les protagonistes les grondements de l’Histoire, chars de Prague aux attentats du 11 septembre. Ce réalisateur qui m’avait déjà enchanté avec sa précédente comédie musicale, « Les chansons d’amour », toujours avec Alex Beaupin comme parolier, est un habitué de Cannes depuis s son premier film « 17 fois Cécile Cassard ». Film sur le sentiment amoureux sur ce qui le fait naître, disparaître, ou l’exacerbe- le temps qui passe, l’égoïsme, l’infidélité (« Est-ce qu’on pourrait arrêter de se tromper les uns les autres ? » dit un des personnages, laissé pou compte de l’amour), l’absence de désir physique - tout ce qui en constitue l’essentiel est dit en chansons. Dans un des plus belles scènes, l’amant de Henderson, batteur d’un groupe rock interprété magistralement par Paul Schneider, tente de surmonter l’impossibilité d’un rapport physique entre ce dernier et Vera qui l’aime à en mourir, en prenant l’initiative d’un plan à trois....
Cette rentrée est riche de films qui ont marqué l’excellente sélection du festival de Cannes, notamment le splendide film de Lars von Trier, « Melancholia », dont les dimensions cosmiques et la virtuosité de la réalisation font écho à celui de Terence Malik, « Tree of life ». Les deux films révèlent pourtant deux visions aussi opposées que possible, religieuse d’une rédemption par la grâce pour ce dernier, alors que celle de Lars Von Trier est d’un pessimisme radical, solitude infinie de l’Homme dans l’Univers qui n’a d’autre issue que de disparaitre avec l’humanité entière.
On pourrait rêver d’une rentrée littéraire sans un livre d’Amélie Nothomb en tête des ventes, ce ne sera pas cette année, il faudra en plus supporter ses chroniques dans « Le monde des livres » ce qui ne rassure pas sur l’évolution éditoriale de ce supplément, mais on se consolera en découvrant le nombre d’ouvrages qu’on aimerait se procurer et avoir le temps de lire, le nouveau roman de Jonathan Franzen, le premier d’Albert Jenni, « L’art français de la guerre », dont on parle beaucoup, et surtout la saga d’Haruki Murakami, 1Q84, titre clin d’oeil à « 1984 » , dont les deux premiers tomes viennent de paraître.
Rentrée professionnelle aussi, avec la reprise de mes déplacements, Budapest lundi et mardi pour une réunion internationale, puis en pays cathare pour une réunion interne à mon entreprise.
01/09/2011Du gêne et du genre
L’actualité ne s’est pas mise en sommeil cet été, nous donnant un avant goût de la passionnante année qui s’annonce. Passons sur le dernier rebondissement de l’affaire DSK, si la plaignante n’était pas noire ce dénouement serait survenu bien avant, ou sur l’heureuse et surprenante issue rapide de l’aventure libyenne, une des rares choses dont notre prince pourra se vanter, même si l’on peut nourrir quelque inquiétude quant aux arrière-pensées de certains de ceux qui composent le CNT. Ce qui a dominé la scène et qui va continuer à nous occuper pendant des mois, voire des années, c’est la crise des dettes souveraines qui mime celle des subprimes. Dans ce dernier cas les Etats, abandonnant les particuliers qui ne pouvaient plus rembourser à leur détresse, ont renfloué les banques qui leur avaient octroyé des crédits malhonnêtes, maintenant ce sont les Etats eux mêmes qui ne peuvent plus rembourser leurs dettes et qui ne pourront donc plus sauver les banques qui les détiennent. Nous sommes probablement au bord du gouffre, dont la débâcle boursière de cet été n’est qu’un pâle signe avant coureur. Seuls les doux rêveurs qui croient encore au «Grand Soir» ou quelques politiciens margoulins s’en réjouissent. Le salut ne pourrait venir que d’un Volonté politique mais l’économiste Jean Marc Daniel disait récemment, sur BFM radio, que nous étions gouvernés par « nains » à un moment où nous aurions besoin de géants comme le furent en leur temps ceux qui ont voulu l’euro, Mitterrand et Kohl. Obama illustre tristement ce nanisme politique, le plus intelligent des derniers présidents américains se révèle peu à peu, continuellement à la recherche du compromis, comme un des plus médiocres dans l’action.
La situation catastrophique de nos finances devrait au moins avoir une influence salutaire sur la sanglante campagne présidentielle qui s’annonce. Les programmes économiques vont être contraints, celui du parti socialiste est déjà caduque, il n’y a plus de «grain à moudre » comme disait Bergeron. Certes les éternelles incantations sur la nécessité de taxer plus « les riches » ne nous seront pas épargnées, même si chacun sait bien qu’il ne s’agit là que d’apaiser les tensions sociales en agissant sur les mécanismes de l’envie mais que cela n’a qu’une efficacité totalement marginale et qu’il faudra aller bien au delà. François Hollande me parait le candidat qui a depuis quelque temps le discours le plus convaincant, en espérant qu’il ait tiré les leçons de son passage à la tête du parti socialiste et qu’il est guéri du syndrome « Obama », la recherche à tous prix du compromis.
Un certain nombre de députés UMP a pourtant d’autres urgences, comme celle de faire retirer des manuels scolaires qui rendent compte de la « théorie du genre ». Bien que m’étant maintes fois référé à cette théorie dans des billets de ce blog, théorie qui je le rappelle affirme que l’orientation et même l’identité sexuelle doivent autant au contexte socioculturel qu’à la biologie, je dois avouer quelque peu surprenant qu’elle soit exposée de façon univoque, sans préciser qu’il ne s’agissait que d’une théorie et non d’une vérité établie sur le plan scientifique ( sous réserve que les passages de ces manuels que j’ai pu lire dans la presse n’aient pas été dénaturés en dehors de leur contexte...). La théorie « Queer » est fort contestable dans sa version « militante», elle relève du combat politique d’une certaine extrême gauche, mais elle reste intéressante si l’on considère la façon dont l’aborde Florence Rochefort du CNRs, en ne parlant plus « d’identité » mais de représentation : "Toutes les représentations assimilées au féminin et au masculin sont le produit d'une construction sociale".
On pourrait conseiller à nos députés UMP d’aller voir, comme « leçon de choses », le passionnant thriller d’Almo Dovar, « La piel que habito », d’une grande beauté formelle même s’il n’atteint pas, le film est quelque peu glacial, à l’émotion de « Tout sur ma mère ». A la fin de ce dernier film, le héros, transsexuel, affirmait que son identité sexuelle était un choix. Dans son dernier film Almo Dovar va plus loin, l’identité de «Vera » sera forgée par un démiurge, le genre au delà du gêne et du socioculturel....
24/08/2011Les charmes de l'Espiguette
Regagner directement Paris depuis Sitgès en voiture est suffisamment éprouvant, je m’y suis risqué deux fois seul au volant puisque Bertrand ne s’est toujours pas décidé à passer son permis, pour que nous ayons pris l’habitude de faire une étape en France. Cette année ce fût Aigues Mortes dont le joli nom pouvait laisser supposer que nos nuits seraient beaucoup plus calmes, elles le furent, sans que le syndrome de sevrage soit trop brutal puisque le village est proche de la plage naturiste dite de « L’espiguette » dont la réputation n’est plus à faire. Bonne occasion peut être de la « défaire ». Tout contribue à vous mettre de mauvaise humeur, la circulation infernale sur les 10 kms qui la sépare de la ville, le parking payant, les 20 minutes de marche dans le sable sous une chaleur torride pour atteindre la section « gay » où vous avez la surprise de retrouver certains de ceux que vous avez déjà aperçu hier à Sitgès et que vous reverrez demain rue des Archives. Si ce n’était que cela ces petits désagréments seraient vite oubliés, après tout, un peu partout, les plages gays naturistes où l’on peut s’adonner au plaisir des rencontres furtives se méritent. Mais à « L’espiguette » vous prenez le risque que les seuls dards qui vous aient pénétré soient ceux des hordes de moustiques ou autres charmantes bestioles qui hantent les dunes. Cela ne semble pourtant pas décourager les stakhanovistes de la drague en plein air dont on peut supposer qu’ils se sont enduits le corps de lotion répulsive, supposition confirmé par Bertrand qui, inconscient de cette invasion avait continué sa progression au cœur du théâtre des opérations, alors que j’avais entrepris une retraite rapide vers le bord de mer, et qui me dit : « ça avait goût de citronnelle ». Le second jour nous sommes sagement restés sur le bord de mer, ne nous aventurant sur la crête des dunes que pour réaliser nos photos suggestives destinées à l’actualisation des « pics » de nos profils sur les sites de rencontres (où il peut arriver qu’on minimise un tant soit peu son âge dans la limite du vraisemblable pour échapper à la censure des filtres de recherche, mais faut il encore que les photos soient récentes pour qu’il n y ait pas tromperie sur la marchandise...).
Ceci étant dit la cité médiévale, étonnamment bien conservée, particulièrement animée en ces jours où se déroulaient les fêtes de Saint Louis, fondateur de la cité, ne manque pas de charme. Nous logions à l’hôtel Canal Aigues Mortes, à deux pas des remparts, très gayfriendly, tenu par un « trouple » très accueillant. Un couple de nos amis avait choisi un hébergement dans un maison d’hôtes exclusivement gay à quelques kilomètres de la ville, dont l’agencement, un fort opportun labyrinthe dans le jardin bordant la piscine, leur a permis de s’épargner l’épreuve des dunes pour faire leurs « courses »....
De retour sur Paris samedi, le temps de voir quelques films sortis pendant notre absence : «La planète des singes- les origines », qu’un bloggeur de ce site a qualifié de navet, ce qui me parait vraiment excessif, cette série B offrant une plaisante détente neuronale après un long voyage, puis surtout le dernier Téchiné, « Impardonnables », une relative déception devant cette tragicomédie sentimentale dont les multiples trames du récit s’entrelacent de façon quelque peu confuse sans qu’on en décèle la ligne directrice, ni la nécessité de certaines, comme celle qui décrit les comportements homophobes de Jeremy, l’adolescent psychopathe, mais le film n’en est pas moins attachant, comme ses personnages, notamment le dit Jeremy, Téchiné a toujours excellé dans l’art de découvrir de jeunes talents masculins.
13/08/2011Jaba the Hut à Sitgès
Nous avons quitté Paris il y a un peu plus d’une semaine pour rejoindre Orange, que nous atteignîmes après être passé par le Puy en Velay et découvert les splendides paysages du plateau de l Ardèche, une ville quelque peu endormie après ses chorégies. A Avignon, notre destination suivante, Bertrand n'avait pas encore eu l’ occasion de visiter le Palais des Papes et de se remémorer ainsi que le séjour de ces derniers en cette ville ne se résumait pas á la période schismatique, nous eûmes la chance de loger, à moitié du prix affiché dans la chambre grâce au site de réservation "booking.com", dans très bel hôtel cloitre et de faire un agréable dîner dans un bistrot, "Mama Corsica", tenu par une mégère faisant marcher à la baguette son personnel comme ses clients. Villeneuve les Maguelones, un village des
environs de Montpellier dont je n'avais jamais entendu parler, mais où réside maintenant un couple d'amis gays (presque un pléonasme, nous avons si peu d amis qui ne soient pas gays.....) autrefois parisiens, fut notre dernier étape avant d atteindre Sitges, ville qui fût l'objet du premier billet de ce blog, deux ans déjà...
Sitges bouge, le temps qui passe, la crise qui touche si durement l'Espagne. "Pepe", le vieux vendeur ambulant qui arpentait la plage gay du centre ville depuis toujours et dont nous avions encore dans l' oreille, bien après notre retour, les "cerveza, coca-cola, aqua", n' est plus là, des restaurants que nous aimions bien ont fermé, des commerces de fringues "branchées" ont été remplacés par les inévitables magasins d’ optique, mais les gays sont au rendez vous, aussi nombreux sinon plus, avec semble t’ il un retour en force des corps sculptés. La tendance, déjà amorcée depuis deux ou trois ans, d'un abandon progressif des lieux "historiques" du circuit des bars, le Candil depuis quelques années, puis plus récemment le Mediterraneo, s'amplifie. Tout se concentre maintenant à proximité du Parrots, le café où ceux qui veulent être vus se retrouvent à l'heure de l'apéritif, entre deux rues parallèles, la Calle Bonnaire et la Calle Bonne Aventure, où le flux nocturne qui semble suivre à la trace "Lady Diamond", la reine de ces lieux où elle fait spectacle, n'a que quelques mètres à parcourir pour aller du Privilège, au Queenz, et au XXL dont la backroom rappelle de plus en plus le RER A aux heures de pointes.
Le soir de la "White party", tous les mardis dans une discothèque à l'extérieur de la ville, alors que nous étions à la terrasse du restaurant du Parrots, mon attention fût attirée à la table voisine par un individu à l'embonpoint notable qui dînait avec un jeune homme, à n'en pas douter le propriétaire des lieux à la façon dont il réglait d'un mouvement des doigts les déplacements des serveurs, objet d'une véritable "cour" de la part d'un nombre incalculable de passants qui venaient le saluer et qui distribuait, selon son bon plaisir, des entrées gratuites pour la "Party". Véritable "Parrain" d'un empire qui s'est étendu autour du Parrots, au gré des défaillances des commerces voisins probablement emportés par la crise - restaurants, cafés, bars, discothèques se succèdent, drainant le tout Sitgés gay. Bertrand s'esclaffa " c est "Jaba the Hut".
Cette concentration satisfait sans doute aussi ce besoin de la jeune génération de tout avoir à portée de main, ou de pas, comme en témoigne le succès foudroyant du logiciel de rencontres pour iPhone, "Grindr", qui vous indique au mètre près qui est connecté et où («à 7 mètres seulement, seriez vous dans ma baignoire ?» fût un des premiers messages que je reçus en arrivant à notre hôtel !), jusqu'à redécouvrir peut être un jour que le plus proche il partage déjà votre lit......
01/08/2011De quoi la taille du pénis est elle le nom?
Une étude, réalisée par le prestigieux National Institutes of Health auprès d'un millier d'homosexuels, a valu au gouvernement US un flot de critiques. Le rapport intitulé "Le lien entre la taille du pénis et la santé sexuelle chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes" établissait un lien entre la taille du pénis et la "passivité" . On y apprenait que "les hommes gays et bisexuels avec une taille de pénis en "dessous de la moyenne" étaient supposés avoir un position sexuelle passive, tandis que ceux avec une taille "moyenne supérieure" seraient généralement sexuellement actifs. Ceux qui ont une taille "moyenne" du pénis étaient identifiés comme "versatile"".
Si l' étude ne se limitait pas à cette seule question, qui montre à n'en pas douter la nature hétérosexuelle de son auteur, je ne vois pas en quoi elle est critiquable en tant que telle, seule sa méthodologie pourrait l'être. Elle fait suite à celles qui s'intéressaient à d'autres critères que l'orientation sexuelle. On pourrait citer celle d'un chercheur de l'université d'Helsinki qui a étudié la corrélation entre le PIB d'un pays et la taille moyenne du pénis de ses habitants (http://www.tdg.ch/actu/monde/taille-penis-influerait-pib-2011-07-27). La taille idéale serait 13.5 cm, au delà de 16 (l'Afrique?) ou en dessous de 12 (l'Asie?) on noterait une chute du développement économique . En effet "Target Map" a publié une cartographie de la taille du pénis en fonction des ethnies (je fais attention à "big brother", je ne parle pas de race!) selon laquelle ce sont les congolais qui l'auraient la plus longue et les asiatiques la plus courte, ce qui correspond bien à une impression personnelle, fruit d'une longue expérience...Une entreprise européenne s'est limitée à l'Europe, les français arrivent en tête avec 14 cm en moyenne, l' Irlande et la Grèce ferment la marche avec moins de 12 cm...on comprend mieux pourquoi ils nous posent tant de problèmes!
La méthodologie de ces études fait cependant sourire, car elle est basée sur "l'automesure", c'est à dire sur le déclaratif des participants, et non sur une mesure par un "tiers"...Les français auraient ils tendance à se surévaluer? Pas sûr cependant, car dans toutes ces études, indépendantes les unes des autres, on trouve le même chiffre d'environ 14 cm pour la France. Rassurez vous il s'agit d'hétérosexuels, car il me semble que la longeur moyenne du pénis chez les gays est significativement supérieure à ce chiffre! mais cette impression soulève un autre problème méthodologique : le choix de l'échantillon. En effet la population gay que j'ai rencontrée est probablement majoritairement représentative de celle qui fréquente les endroits sexe et ces lieux n'ont ils pas tendance à sélectionner les "bien montés"?
Revenons en à l'étude américaine du NIH chez les homosexuels. Elle semble basée sur une hypothèse génétique et si je n'ai pas de doute quant à l'origine "génético-biologique" de l'orientation sexuelle, je ne crois pas que la façon dont elle s'exprime puisse ignorer l'histoire personnelle (http://www.gayattitude.com/html/perso/journal/edit?id=495437). Les résultats rapportés ne correspondent pas à mon expérience. On peut identifier plusieurs biais, n'avoir pris comme critère que la longueur du pénis et non son épaisseur, n'avoir pas pris en compte que nombre de passifs exclusifs compensent ainsi leur absence d'érection, ignorer que le caractère "passif" ou "actif" peut évoluer avec le temps (on peut ainsi, c'est mon cas, avoir été plutôt passif dans un premier temps, c'est plus reposant pour le paresseux que je suis, puis trouver un certain intérêt à l'autre position quand on s'aperçoit que ses attributs attirent surtout les passifs et que l'on peut ainsi signifiactivement augmenter le nombre de ses contacts...En un mot ce sont les passifs qui concentrent les grosses bites et non celles ci qui sont, à priori, "actives"...
Ce sujet peut paraître futile tandis que le boucher de Damas continue à sévir, mais le sexe ne gouverne t'il pas ce monde, sans référence à notre vie politique nationale....? Et puis ce sont les vacances..
La nouvelle revue gay "Friendly" a publié, j'avais fait état de leur proposition précédemment, un de mes billets sur "l'infidélité". En fait, ils ont fusionné deux billets sur le même sujet, mais pas dans l'ordre de parution, avec une citation de Renaud Camus intercalée entre les deux, ce qui n'en rend pas la lecture pleinement cohérente, mais l'essentiel est préservé. Je dois réfléchir à un nouvel article pour leur numéro 2.
On ne peut évaluer la taille de la bite de Pierre Niney, plus jeune sociétaire da la comédie française, dans le délicieux premier film de Frédéric louf "j'aime regarder les filles", mais courrez y, à moins que vous ne préfériez aller voir "Absent", qui pourrait s'appeler "j'aime regarder les garçons", de Marco Berger, premier pris d'un festival gay et lesbien, où l'on ne peut non plus entrevoir les attributs du jeune amoureux, seulement se mourir d'ennui.
26/07/2011Traces de Dieu, du côté de Genève
Celui par qui la masse fût. La particule de Dieu, le boson de Higgs, aurait donné des signes de son existence dans le nouvel accélérateur de particules du Cern à Genève. La communauté des physiciens est en émoi, deux équipes ont décelé des perturbations dans des bandes d’énergie entre 120 et 140 milliards d’électrons volts, peut être la signature du boson de Higgs (http://limbo.over-blog.org/article-la-particule-de-dieu-et-le-dieu-des-bars-gays-46950175.html). On espère la confirmation de sa découverte dans les mois qui viennent, l’enjeu est de taille, rien de moins que la confirmation du modèle standard de la mécanique quantique dont tout l’édifice repose sur une particule qui n’a qu’une existence « théorique » car on ne disposait pas jusqu’à maintenant d’accélérateur assez puissant pour atteindre les niveaux énergétiques nécessaires à sa mise en évidence. Sinon tout s’écroule et la physique sera en crise...
Autre découverte scientifique enthousiasmante, celle de l'essai américain sur l'intérêt préventif des traitements antirétroviraux. Chez les couples hétérosexuels sérodifférents, le traitement antiviral se révèle très efficace contre la transmission du VIH : l'essai américain qui portait sur plus de 1700 couples hétérosexuels a été interrompu car les résultats montraient que si une personne vivant avec le VIH était traitée précocement, le risque d'infection pour son ou sa partenaire était réduit de 96 %, aussi bien, sinon mieux, que la capote. En fait un seul couple n’a pas été protégé, probablement parce que le traitement a été entrepris après la contamination, la protection serait donc de près de 100% ! On ne peut encore affirmer que cela peut être complètement extrapolé à la contamination chez les gays le risque de transmission anale étant nettement plus élevé que par voie vaginale, mais il n’est pas douteux que dans ce cas aussi le risque de contagion par une personne à charge virale indétectable est très fortement réduit.
Dans un précédent billet (http://limbo.over-blog.org/article-sida-une-education-de-l-incertitude-49758130.html), alors qu’un premier essai allait déjà dans ce sens, j’avais souligné que nous avions les moyens d’éradiquer cette épidémie : « Un virus, pour se reproduire, a besoin de trouver de trouver un «hôte», et ceci à une relative grand échelle, sinon, il finit par disparaître, «faute de combattants». Il se trouve que si un dépistage à grande échelle (et bien sûr surtout dans les pays en voie de développement) était pratiqué et si tous les patients séropositifs (la plupart....) étaient traités avec les thérapies actuelles qui permettent de diminuer la charge virale dans des proportions telles que la transmission du virus devient improbable, peu à peu, alors que les contaminés vieillissants disparaîtraient, «le réservoir» de virus deviendrait si insuffisant qu'il ne pourrait plus se reproduire.... Ceci est possible, en une ou deux décennies, si l’on y met autant d’énergie que pour le sauvetage du système financier… ».
Mais faudrait il pour cela que les gays se sentent encore engagés par ce combat au lieu de n’avoir plus en tête que le « droit à l’indifférence ». Je partage totalement les propos de Christine le Doaré, présidente du centre LGBT Paris, dans TETU : « Il y a une perte évidente des repères individuels et collectifs sur ce sujet. L’obsession du mariage et de l’adoption a étouffé en partie d’autres luttes....Cette recherche absolue de normalité ne remet pas en question les principes fondamentaux de la société. Ceux qui en font les frais sont les mêmes : les femmes, les malades, les précaires.». A rapprocher de la pensée de deux auteurs, dans le même numéro de Tetu, Judith Butler « pour qui l’empire de la norme sexuelle est inséparable d’un assujettissement, d’un attachement passionné à la norme » et Murray Rothbard, intellectuel américain libertaire dont son ouvrage « L’éthique de la liberté » « débouche sur une critique radicale de l’Etat, dont l’action normalisatrice aurait tendance à uniformiser les modes de vie plutôt qu’à favoriser la dissidence et la différence.»
Lady Gaga, dont Bertrand est un fan, fervente militante du mariage gay, a eu droit à quelques lignes dans le dernier volume du journal de Renaud Camus. Ce dernier, qui prend un malin plaisir a relever les impropriétés de langage des journalistes français a relevé celle-ci qui m’a fait sourire « Lady Gaga....aussi connue pour sa musique que pour ses tenues ». Il aurait fallu dire, peut être trouverez vous qu’on est à limite de l’enculage de mouches en plein vol, « Lady Gaga....aussi connue pour ses tenues que pour sa musique»... Je ne suis pas sûr que Renaud Camus ait raison...il se pourrait bien que ce qui restera de Lady Gaga, ce sont ses tenues....
17/07/2011Avant d'aller dormir
Enfant et adolescent, j'étais bien sûr heureux de partir en vacances, mais assez rapidement avec une vive accélération à l'approche du 15 août (il est vrai qu' en ces temps là elles s'étendaient de Juillet à fin septembre), je commençais à m'ennuyer, à ne plus penser qu'aux nouveaux livres de classe, à mes nouveaux professeurs, etc. Cela exaspérait mon frère et mes parents.
J'ai peu changé. Je ne vois pas d'un mauvais oeil la perspective de 2 ou 3 semaines de vacances, besoin de dormir plus, de combler mon retard de lecture, de soleil, et le plaisir de retrouver début août Sitgès, sa plage, ses bars, ses restaurants, sa phone gay, ses nuits qui se terminent au petit matin, les amis que l'on retrouve, les étapes touristiques à l'aller ou au retour. Tout cela se mêlera à mon impatience que "la vie reprenne", que cesse ce désert culturel des mois d'été, assez spécifique à la France : aucune sortie littéraire avant la fin août, une production cinématographique globalement affligeante (ils appellent ça "la fête du cinéma!), une télévision où les rares émissions dignes d'intérêt disparaissent, une actualité au ralentie (il est vrai que cet été nous sommes plutôt gâtés avec la crise des dettes souveraines, le feuilleton DSK, les vacances de Mr Hulot et les déclarations de sa rivale, la passionaria viking, qui veut déplacer le défilé militaire le 11 novembre ou le 8 mai, une façon sans doute de célébrer la division de l'europe...).
Combler mon retard de lecture, l' été n'y suffira pas, seule la retraite en viendra peut être un jour à bout. Ces dernières semaines, au gré de mes déplacements, j'ai limité mes efforts à la lecture de quelques thrillers, notamment celui de Shane Stevens, "Au delà du mal", qui avait remporté un franc succès public et critique il y a près de deux ans, qualifié de "polar exceptionnel". C'est ce que l'on espère en abordant ce pavé de 900 pages, mais on est vite déçu par la simplicité de l'intrigue policière proprement dite, le seul suspense étant son dénouement, la façon dont le psychopathe, "tueur en série", connu dès les premières pages, va se faire prendre et par l'inconsistance des personnages. On est cependant emporté par le souffle qui anime l'écriture de cette fresque, on ne s'ennuie pas, dont l'intérêt réside surtout dans la peinture au vitriol qui est faite de la société américaine, de son milieu politique et journalistique, de sa police, de son peuple. Sans doute faut il aussi savoir que ce livre a été écrit il y a plus de 30 ans par un auteur anonyme et qu'il a été considéré comme un véritable renouveau du roman de "serial killer". Avant de d'avoir lu, étant donné l'enthousiasme qui avait entouré sa sortie, je m'étais procuré le deuxième roman de Shane Stevens publié en France, "L'heure des loups", dont je me suis demandé s'il s'agissait bien d'une oeuvre du même auteur... Autant l'écriture du précédent roman était fluide, les personnages inexistants, l'intrigue linéaire, autant le style du suivant m'a paru difficile, on songe parfois à en abandonner la lecture, avec des personnages bien réels et une intrigue d'une grande complexité. Ce second ouvrage, qui relève plutôt du roman d'espionnage, est aussi un document sur l'utilisation d'anciens criminels nazis par les services secrets occidentaux et un guide amoureux de Paris.
Si je devais vous recommander un "triller", ce serait le premier roman S. J. Watson "Avant d'aller dormir". Thriller psychologique qui conte l'histoire effrayante d'une femme qui souffre d'amnésie à la suite d'un traumatisme, elle se réveille en ayant tout oublié de ce qu'elle a fait la veille au point de devoir tenir un journal de ses activités quotidiennes, journal dont son thérapeute lui rappelle l'existence chaque matin. C'est à la découverte progressive de ce qu'a réellement été son passé que cette femme va être confrontée dans un suspense hitchcockien digne de "Psychose".
A signaler aussi dans ce désert estival le très beau film iranien "Une séparation" qui au delà du regard qu'il porte sur les divisions de la société iranienne et de la survalorisation du rôle de l'homme, a une portée bien plus universelle. L'affrontement des deux héros, prisonniers chacun de leur système de pensée, l'un, représentant la société iranienne aisée, défendant le primat de la raison sur le dogme, l'autre, issu des milieux populaires, s'appuyant sur la tradition fondée sur la religion et l'exigence de vertu, ne peut que conduire au drame, reflet de la fracture du corps social.
05/07/2011Damages
Le titre de libération, « DSK saison 2 », témoigne tristement de ce qu’est devenue l’actualité, ou du moins la façon dont elle est traitée, dans notre monde de «l’ immédiat-isation» . Avant même que la saison 2 soit arrivée à son dernier épisode, on nous donne déjà un aperçu de la « saison 3 » pour lesquels on a mis deux équipes de scénaristes en compétition, des journalistes reconvertis, l’une imaginant une histoire basée sur une autre accusation de viol, plus ancienne, mais avec cette fois ci une plaignante moins chargée en signes « victimaires », elle sera caucasienne, journaliste, pas vraiment sexy (mais i l est vrai que mon expertise sur ce point pourrait être contestée...) et aura un visage, l’autre s’intéressant au retour, totalement invraisemblable, de notre héros en politique et sa participation in extremis aux primaires socialistes....On n’exclut pas une fusion des deux scénarios après sondage des ménagères de plus de 50 ans. Encore mieux que l’excellente série américaine « Damages » dont nous avons eu droit à deux saisons sur Canal Plus.
Il faut dire que la perspective d’un « non-lieu » que laisse entrevoir le déroulement de « la saison 2 » contrarie quelque peu les péripatéticiennes du féminisme, les « psychanalystes » de service qui discouraient sur le « vertige suicidaire » de DSK, une partie de la presse qui organisait des débats sous entendant sa culpabilité sur le thème du « tout le monde savait » (je disais dans un précédent billet combien Manuel Walls s’en était indigné en face de Frantz Olivier Giesbert), sans oublier ces socialistes qui derrière Benoît Hamon et Harlem Désir poussaient Martine Aubry à se présenter et s’opposent à toute modification du calendrier des primaires. Il est amusant de constater que les socialistes déjà candidats, Cruella et son ex, sont les plus souples, un retour de DSK dans les conditions actuelles ne pouvant que les favoriser, mais surtout parce que, plus lucides que leur collègues psychorigides de la vieille gauche rance, ils ont compris que ce retour était de toute façon impossible et qu’il ne pouvait donc être que payant d’être « beau joueur ». Pauvre Martine, dans ce monde où une information chasse l’autre, on a presque déjà oublié sa déclaration de candidature.
J’allais oublier de saluer les « complotistes » qui s’en donnent à cœur joie et imaginent déjà une « saison 4 », un « watergate » à la française qui ferait exploser Sarkozy en plein vol. S’en tenir à l’hypothèse la plus plausible, celle que j’évoquais dans un billet précédent (« coup de chaleur »), une relation apparemment consentie qui a mal tournée et qui s’est refermée comme un piège, hypothèse fortement accréditée par la conversation téléphonique de la « soubrette » avec son mari en prison, serait trop simple.
29/06/2011Devenir-Nadine-de -Rothschild
Comme l’an dernier, c’est avec les quelques volontaires de l’AMG qui avaient répondus présents, en quatorzième position juste devant le « char » de Aides, que j’ai fait ma vingtième gaypride parisienne, marche rendue quelque peu pénible par une tendinite du jambier postérieur qui s’était réveillée au lendemain d’un jogging. Nous étions trop peu nombreux pour être vraiment visibles, certain d’entre nous, surtout les « psy », semblant préférer éviter d’être identifiés en tant que « gays » par leurs patients. Un peu moins de monde que les autres années m’a t’il semblé, mais il est difficile de se faire une idée de la mobilisation de l’intérieur du défilé, ainsi qu’une moindre couverture médiatique, l’évènement s’étant trouvé éclipsé par l’adoption du mariage gay par l’état de New York. J’ai du quitter la marche avant l’arrivée de la queue du cortège place de la Bastille pour me rendre avec Bertrand à l’invitation de deux de nos amis qui fêtaient à Boulogne leur 30 ans de vie de couple, un de ces couples qui n’envisageraient certainement pas de «se marier» mais qui feraient sûrement leur un des slogans: « le droit de ne pas se marier ». Ce genre de soirée où le champagne coule à flots n’autorisant pas à prendre sa voiture, le métro ayant fermé ses portes et les taxis introuvables un samedi soir, il ne restait plus à ceux qui voulaient goutter les dernières miettes de l’ambiance folle qui règne dans le marais un soir de gaypride qu’à se saisir d’un vélib Porte de Saint Cloud, pour parcourir avec entrain en moins de 30 minutes, les quelques kilomètres qui nous séparaient des bars pour avaler la bière de trop avant de galérer pour trouver un autre vélib en état de marche et tenter de regagner son domicile.
Le réveil, dans une atmosphère de plus en plus chaude, fût plutôt difficile. Une bonne occasion pour rester chez soi et s’emparer, laissant tomber comme à mon habitude toutes les autres lectures en cours, du journal de l’année 2010 de Renaud Camus, « Parti pris ». Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir mes nom et prénom, même mal orthographié pour le premier, aux pages 53 et 54, à propos d’une de intervention, exceptionnelle car on ne s’aventure qu’à ses risques et périls dans le petit cercle des adorateurs, que j’ai pu faire sur le site de la "Société de ses lecteurs". Certes cela m’était déjà arrivé, mais sous le nom de mon pseudonyme « hyperion ».
Je n’en suis qu’à la moitié de l’ouvrage, aussi serait il sans doute prématuré d’affirmer que je le trouve plus apaisé que les précédents, ses obsessions un peu moins envahissantes (un peu seulement), on peut même y trouver ici où là des appréciations positives. J’ai lu avec un vif plaisir les pages que consacre l’auteur à « l’éreintement élogieux » de son journal par un certain Pierre Le Coz et où il est question de son homosexualité, si absente de son journal depuis des années alors quelle fût un des thèmes majeurs de ses premières œuvres, « Tricks » bien sûr mais surtout les « Notes et Chroniques achriennes» et « Buena Vista Park ». Ce dernier se livre à une « psychanalyse » de l’œuvre : « Il y a à l’œuvre dans les livres de Renaud Camus une sorte de devenir-Nadine-de-Rothschild de leur auteur (sinon de devenir-Pascal-Sevran) : être, dans tous les domaines, l’arbitre des élégances, des codes, des gestes et du « ce-qu’il-faut-penser-de » - y compris dans le domaine intellectuel, littéraire........et c’est l’irruption de Nadine de Rothschild dans la sphère artistique. Ce kitsch en réalité est lié à l’homosexualité – il n’est pas une faute de goût, il est une posture sexuelle. Nadine, en effet, entre deux réceptions, deux avis sur les bonnes manières, ne dédaigne pas d’aller se faire enculer dans les back-rooms, et d’en revenir « les chaussures couvertes de foutre ». La quasi-totalité des lecteurs de Camus lui font reproche de ces passages « hard », mais ils ont tort : cette « pornographie » est absolument nécessaire à l’économie du journal, nécessaire parce que constituant un des pôles de la structure du désir camusien, où l’écart doit être maximum entre le Renaud des back-rooms et la Nadine des salons ».
Nadine est convoquée là où l’on aurait attendu Charlus. L’homophobie de cette interprétation, Renaud Camus en fait la démonstration en rappelant qu’il n’ a cessé de dire qu’avoir une bite à la main (ou ailleurs) ne pouvait excuser « l’incivilité » (citation en fin de billet), est renforcé par son anachronisme, le sexe étant le grand absent de son journal depuis dix ans que l’auteur a rencontré Pierre.
Cette « pornographie » était peut être en effet nécessaire à l’économie du journal, mais pas du tout dans le sens où l’entend Le Coz. Je ne fais pas partie de ceux qui ont fait le reproche de ces passages « hard », bien au contraire. Ils contribuaient à un certain équilibre, la place laissée libre ayant été envahie par la récurrence des obsessions de l’auteur et par ses « folies » de substitution : « La folie de la peinture m’habite entièrement, comme a pu le faire un moment celle de la photographie.... ; et comme l’a fait longtemps celle du sexe, ou du désir, ou de l’amour, où de l’espérance (celles là, je les ai réglées de la plus brillante façon)». On pourrait même avancer l’hypothèse que la fin de son vagabondage sexuel, privant l’auteur des multiples fenêtres sur la diversité du monde, a précipité le repli sur soi et l’accentuation de sa misanthropie.
"D'évidence, Le Coz me lit un peu distraitement, au moins en ce qui concerne l'homosexualité. Il écrit qu'il me faut, ou plutôt qu'il faut à la Nadine que je suis, "l'écart maximum" entre les salons (que je ne pratique guère, mais ce cliché est familier) et les back-rooms, qui seraient pour moi, d'après lui, "le lieu même de l'informe et de la profanation", où les formes qui me sont chères, ou si chères à la Nadine qui est en moi, seraient autant que possible rudoyées, ravagées. Manifestement il a dû sauter, par dégoût, tous les passages sur les back-rooms, dans mon journal - car ce que j'y déplore sans cesse, c'est exactement ce qu'il dit que j'y recherche : la violence, la méchanceté, la brutalité, le défaut de gentillesse et de courtoisie. J'ai écrit deux mille fois que je ne voyais pas pourquoi il fallait au sexe un statut spécial et pourquoi devenait caduc, à son approche, tout ce qui rend supportable la vie civile : la délicatesse, la bonté, l'in-nocence. J'ai dit aussi souvent que j'en ai eu l'occasion à quel point la profanation, et la rasoir transgression bataillienne, n'étaient pas mon affaire. Bien loin que j'étais de rechercher "l'écart maximum" entre la vie sociale et la vie sexuelle, c'est au contraire l'écart minimum qui m'a toujours semblé un idéal."
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